Les poussières interplanétaires anhydres originaires des astéroïdes glacés ?
Fig.1: Image d’une particule interplanétaire (IDP L2036 AG1) obtenue à Orsay au microscope électronique à balayage avec une tension de 15 kV (l’échelle indiquée est de 5 µm). Image extraite de [1].
L’analyse par micro-spectroscopie infrarouge d’IDPs présente deux avantages majeurs. En plus d’être non-destructive (elle ne modifie pas les propriétés physico-chimiques des échantillons analysés), elle permet de comparer les résultats de laboratoire aux observations astronomiques effectuées dans les mêmes gammes de longueurs d’onde.
Dans notre étude sur les IDPs de type anhydres (Merouane et al. ApJ 2014), nous avons pu quantifier et définir la composition minérale d’une douzaine de poussières. Deux classes de différentes minéralogies sont observées : l’une riche en olivine et la seconde riche en pyroxène. L’analyse conjointe de la composante organique des poussières nous a permis de mettre en évidence un lien étroit entre la composition minérale des IDPs et les longueurs des chaînes aliphatiques associées. Cette étude combinant des analyses IR et Raman nous a alors permis de conclure sur un possible rôle catalytique joué par les silicates dans la formation et l’élongation des chaines aliphatiques dans la nébuleuse primitive. Cependant l’origine précise (astéroïdale ou cométaire) de ces poussières n’a pas été élucidée dans cette première étude.
Une collaboration menée par P. Vernazza du LAM (Vernazza et al. 2015, ApJ) a permis ensuite de réaliser une étude comparative des spectres IR des IDPs obtenus à l’IAS avec ceux de différents astéroïdes primitifs (types B, C, P et D) mais aussi avec ceux de comètes comme Halley et Hale-Bopp. Tous ces objets sont caractérisés par de très faibles albédos et sont riches en carbone et matière organique. Ils contiennent également des silicates et pour certains une composante glacée.
Cette étude montre une remarquable correspondance entre les spectres d’IDPs anhydres riches en pyroxène et ceux des astéroïdes de type BCG, qui représentent ~ 53 % en masse de la ceinture principale. Les astéroïdes de type P et D (représentant ~13 % en masse de la ceinture principale) seraient, eux, mieux représentés par des IDPs anhydres mélangeant des olivines et des pyroxènes, tout comme les spectres des comètes de Halley et Hale-Bopp (H-B).
Fig.3. Cette figure extraite de [2] montre à gauche la comparaison de la bande à 10 µm d’IDPs riches en pyroxène avec celles de différents astéroïdes de type BCG (faible albédo, riches en carbone et matière organique ainsi que de silicates). A droite, les bandes à 10 µm de deux comètes et de 4 astéroïdes de type P et D requièrent un mélange d’olivine et de pyroxène pour un meilleur ajustement.
Cette étude montre par ailleurs, que seules les poussières interplanétaires anhydres ont des propriétés spectrales compatibles avec celles des astéroïdes riches en glace. Ce constat remet en cause le statut de référence des météorites dans la connaissance de la ceinture d’astéroïdes, et cela au profit des poussières interplanétaires. Alors que les météorites permettent d’échantillonner la composition des surfaces de la plupart des astéroïdes rocheux métalliques et hydratés, les plus importants en proportion, les astéroïdes glacés, ne sont eux pas représentés par les différentes météorites présentes dans les laboratoires. La figure 4 ci-dessous illustre les corrélations entre différents petits corps du système solaire (astéroïdes et comètes) avec les météorites et les IDPs.
Fig.4 : Extraite de [2], cette représentation en histogramme donne la correspondance entre différents petits corps du système solaire et les échantillons disponibles en laboratoires. Les météorites « sèches » (n’ayant pas subi d’altération aqueuse) seraient de bons représentants de la composition de surface des astéroïdes rocheux et métalliques. Les IDPs eux sont reliés aux astéroïdes glacés, certains desquels peuvent montrer une activité similaire à celle des comètes.
Contacts
Référents (scientifiques et techniques)
- Zahia Djouadi, Maître de conférences, Équipe Astrochimie & Origines
- Sihane Merouane, MPS
- Louis d’Hendecourt ,IAS
- Pierre Vernazza, LAM
- Rosario Brunetto, Chargé de Recherches, Équipe Astrochimie & Origines
